MBE

Mbé, la capitale du royaume Téké, est situé dans le nord du département du Pool, dans une zone couverte de savanes herbeuses. Majoritairement représentés dans le département des Plateaux, les Tékés sont aussi très présents dans le Pool, la Lékoumou, la Bouenza et le Niari. Ils ont conservé jusqu’à nos jours leurs traditions. À certaines occasions, les chefs coutumiers revêtent leurs bonnets de plumes et de coquillages, leurs pagnes et leurs chasse-mouches, et ils se décorent le visage de peintures rituelles, insignes de leur pouvoir politique et religieux. Leurs rites se déroulent notamment à l’occasion de l’initiation des jeunes gens et de l’intronisation de nouveaux chefs, ou au moment des funérailles.

CAPITALE DU ROYAUME TEKE

Mbé a conservé quelques vestiges du temps héroïque où l’agglomération était la capitale d’un vaste royaume de quelque 85 000 km2 s’étendant au Congo et à la RD Congo, de part et d’autre du fleuve Congo. Détenant le monopole de tout le commerce dans la région, les Téké servaient d’intermédiaires entre les peuples du Nord (départements de la Cuvette, de la Sangha et de la Likouala) et les Kongo du Sud. Aux uns et aux autres, ils achetaient et revendaient ivoire, esclaves, armes, tabac, manioc et autres produits de négoce.

CAPITALE DU ROYAUME TÉKÉ

On peut encore voir à Mbé la résidence royale des Makokos – une maison de briques – et une stèle commémorant la signature du fameux traité de 1880. C’est ici que Brazza eut sa première entrevue avec le Makoko Iloo dont il garda un souvenir ébloui. Voici comment il décrivit cette rencontre : « Enfin, précédé par ses femmes, le Makoko paraît. Il porte le grand collier en cuivre, ainsi que sa première femme. Quatre enfants (des pages) portent sur leur épaule, plié, un pagne en serge rouge. […] Le chef porte un grand pagne en étoffe, des grands bracelets aux pieds et aux bras, un bonnet en laine fait en tapisserie qui est fixé à la tête par une épingle en fer et où sont piquées deux très longues plumes.

Il est d’assez haute taille, porte le tatouage des Abomas et des Batéké d’ici. Il est suivi par son féticheur, qui porte aux pieds des bracelets en étoffe surchargés de cauris et un collier de 15 à 20 fils de cauris l’enveloppe – comme d’ailleurs les filles non encore mariées. […] Le chef Makoko s’assoit sur un grand tapis de quatre mètres de côté, à carrés bleus et rouges, en serge, sur lequel est une couverture de voyage où est un lion. Il s’appuie sur un grand coussin en serge rouge. Alors les gens qui l’ont amené vont, un par un, s’agenouiller devant lui, posant les mains sur la terre à côté de son tapis et cela avec un grand respect. »

LE NKWEMBALI

Très hiérarchisé, le royaume Téké repose sur l’autorité civile et religieuse des chefs de famille, chefs de village et chefs de clan, parmi lesquels est choisi le Makoko (roi) dont le pouvoir est surtout religieux et spirituel. Le Makoko entretient le culte du Nkwembali, esprit supérieur du royaume, résidant dans une chute d’eau sacrée et secrète qui assure la prospérité du royaume. Pour assumer ce pouvoir rituel, le souverain subit une longue initiation et doit se plier à toute une série de cérémonies revenant tous les quatre jours de la « semaine téké ».

Animistes, les Téké croyaient – nombreux sont ceux qui y croient toujours – à un être suprême dénommé Nzambi et à de nombreux esprits – dont certains sont inspirés par les mânes des ancêtres – qui se cachent dans les grottes, les arbres, les rochers, les chutes d’eau – notamment le Nkwémbali, esprit du royaume, évoqué ci-dessus.

NGABE, ANCIENNE RÉSIDENCE DES REINES TÉKÉ

C’est à Ngabé, petit port sur le fleuve Congo, que résidaient autrefois les épouses des rois téké, dont la première – la Ngassa – portait le titre de reine et jouait un grand rôle dans le royaume. Elle était souvent choisie pour devenir la gardienne des objets sacrés, en particulier du Nkwembali, « esprit du royaume » résidant dans la cataracte sacrée.

L’une de ces reines, Ngalifourou, épouse du roi Makoko Ngankia, vécut à Mbé jusqu’en 1958 et sa famille conserve son buste en ébène, œuvre du sculpteur Massengo. D’après ses proches, Ngalifourou possédait des pouvoirs magiques : elle pouvait faire tomber la pluie, se transformer en homme ou en animal et commander aux bêtes fauves.

ACCÈS A MBE

depuis Brazzaville, prendre la RN 2 jusqu’au carrefour d’Odziba. Puis prendre la route à droite qui mène, 55 km plus loin à l’est, à Mbé